Principales études sur le carcinome hépatocellulaire et le cancer colorectal
Compte-rendu:
Dre rer. nat. Ine Schmale
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Le carcinome hépatocellulaire fait partie des cancers difficiles à traiter. C’est pourquoi même les petits succès et les petites découvertes constituent des progrès notables. Desrésultats importants sur les options thérapeutiques existantes ont été présentés lors de l’ASCO Gastrointestinal Cancers Symposium (ASCO GI). De nouveaux résultats d’études et de nouvelles découvertes concernant les personnes atteintes de cancer colorectal ont également été divulgués à San Francisco.
Carcinome hépatocellulaire (HCC)
Traitement systémique supérieur à la TACE au stade intermédiaire
La chimio-embolisation transartérielle (TACE) constitue le traitement de référence chez les patient·es atteint·es d’un HCC de stade intermédiaire (BCLC B). L’association atézolizumab plus bévacizumab a permis d’obtenir une survie prolongée par rapport au sorafénib en première ligne. La question de savoir si cette association est également plus efficace que la TACE en monothérapie a été examinée dans l’étude de phase IIIB randomisée, ouverte, internationale et initiée par des institutions ABC-HCC.1
Jusqu’à présent, 231 patient·es au stade intermédiaire sur les 320 prévu·es ont été inclus·es dans l’étude. Le critère d’évaluation primaire était le délai jusqu’à l’échec du traitement (TTFS). Au final, le TTFS médian s’élevait à 14,6 par rapport à 9,5 mois (HR: 0,55; IC à 95%: 0,36–0,83; p=0,0043). Des effets secondaires de grade ≥3 ont été observés chez 55,2% des patient·es sous traitement systémique par rapport à 40,7% sous TACE. Des effets indésirables survenus pendant le traitement cliniquement significatifs ont concerné 20,7% par rapport à 18,5% des patient·es.
Les données à 4 ans appuient l’association nivolumab plus ipilimumab
L’étude de phase III randomisée, ouverte CheckMate 9DW a comparé l’immunothérapie par l’association nivolumab plus ipilimumab au traitement ciblé par le lenvatinib ou le sorafénib chez 668 patient·es atteint·es d’HCC non résécable naïf·ves de traitement. Les données à 4 ans ont été présentées lors de l’ASCO GI, avec une durée médiane de suivi de 52,5 mois.2 Le critère d’évaluation primaire était la survie globale (OS), qui était plus longue sous immunothérapie, avec une durée médiane de 23,7 par rapport à 20,6 mois. Le risque de mortalité a été réduit de 22% (HR: 0,78; IC à 95%: 0,65–0,93). Les courbes de Kaplan-Meier sur l’OS ont mis en évidence un avantage cohérent de l’immunothérapie commençant après environ 18 mois (Fig.1). 50% par rapport à 39% des patient·es des deux bras de l’étude étaient en vie après 24 mois, 39% par rapport à 25% après 36 mois et 31 par rapport à 18% après 48 mois. Une réponse a été observée chez 36% par rapport à 13% des personnes concernées, avec des taux de rémission complète de 8% par rapport à 2%. La durée de réponse (DOR) était de 34,3 mois sous nivolumab plus ipilimumab par rapport à 12,9 mois sous lenvatinib ou sorafénib. Chez 37% par rapport à 12% des patient·es, la rémission a duré ≥48 mois.
Fig. 1: Survie globale (OS) sous traitement par FOLFIRI et encorafénib plus cétuximab par rapport à FOLFIRI avec et sans bévacizumab (modifiée selon Galle PR et al.)2
Les traitements par l’association nivolumab plus ipilimumab,par rapportà lenvatinib ou sorafénib ont été administrés sur une durée médiane de 4,7 (<0,1 à 24,4) et 6,9 (<0,1 à 50,6) mois, respectivement. Des effets indésirables survenus pendant le traitement cliniquement significatifs (tous grades confondus) ont été signalés chez 28% par rapport à 14% des patient·es. Un arrêt du traitement en raison d’effets indésirables survenus pendant le traitement a été nécessaire chez 18% par rapport à 10% des personnes concernées. 4% par rapport à <1% des patient·es sont décédé·es en raison d’effets indésirables survenus pendant le traitement. Le profil de sécurité était cohérent avec les données déjà publiées. Aucun nouveau signal de sécurité n’a été observé. Le délai médian jusqu’au développement d’une hépatite à médiation immunitaire sous immunothérapie était de six semaines. Chez 75% des personnes concernées, l’hépatite a été guérie avec une durée médiane de 10,3 semaines.
Sur la base des données à 4 ans de l’étude CheckMate-DW9, les auteur·es ont conclu que l’association nivolumab plus ipilimumab constitue le traitement de référence en première ligne chez les patient·es atteint·es d’HCC non résécable.
Cancer colorectal (CRC)
L’expression d’HER3 et les ligands de l’EGFR sont des facteurs prédictifs des bénéfices du panitumumab
Alors que des schémas personnalisés sont recommandés dans le traitement de première ligne du CRC gauche métastatique (mCRC) RAS/BRAF sauvage, ces recommandations font défaut pour les tumeurs stables au niveau des microsatellites (MSS) localement avancées. L’étude de phase III FOxTROT évalue le traitement néoadjuvant du CRC localement avancé. Une analyse exploratoire rétrospective des données de l’étude FOxTROT visait en outre à déterminer si l’expression de HER2 et HER3 pouvait améliorer la sélection des patient·es pour un traitement néoadjuvant par FOLFOX plus panitumumab et quelle était l’influence supplémentaire des taux d’amphiréguline (AREG) et d’épiréguline (EREG).3Une valeur pronostique négative a déjà été décrite pour la surexpression de HER2, mais on ne connaît pas d’effet prédictif de HER2 sur un traitement anti-EGFR dans le mCRC. Une expression élevée de HER3 est associée à un bénéfice significatif en termes de survie sans progression(PFS) lorsque le panitumumab est utilisé en deuxième ligne dans le mCRC. Un bénéfice additif du traitement anti-EGFR a été observé en cas de taux élevés d’AREG/EREG, des ligands de l’EGFR. Sur les 279 patient·es randomisé·es, 85 sous FOLFOX plus panitumumab et 72 sous FOLFOX ont pu être évalué·es en ce qui concerne les questions de la phase II. La moitié de ces patient·es (50,3%) présentaient une expression élevée de HER2 et 56,1% de HER3. Une surexpression de HER3 et/ou d’AREG/EREG a été observée chez 79,6% des patient·es. Avec une durée médiane de suivi de 49 mois, il a été confirmé que HER2 n’a aucun effet sur l’efficacité du panitumumab en tant que traitement néoadjuvant. Une expression élevée de HER3 a été associée à un bénéfice significatif de l’ajout de panitumumab au FOLFOX en tant que traitement néoadjuvant, tandis qu’aucun bénéfice supplémentaire du panitumumab n’a été observé en cas de faible expression de HER3. La présence d’AREG et d’EREG était strictement corrélée, alors que celle de HER3 n’était pas corrélée avec celle d’AREG/EREG. Si l’expression de HER3 ou d’un des ligands de l’EGFR était élevée, un bénéfice supplémentaire a été obtenu grâce au panitumumab. Si l’expression de HER3 et les taux d’AREG/EREG étaient faibles, le panitumumab n’a démontré aucun bénéfice supplémentaire par rapport au FOLFOX.
Encorafénib, cétuximab et FOLFIRI en première ligne
Des mutations BRAFV600E sont présentes dans environ 8 à 12% des mCRC. L’association encorafénib, un inhibiteur hautement sélectif de BRAF, plus cétuximab, un anticorps dirigé contre l’EGFR, et FOLFIRI, la base de la chimiothérapie, a été évaluée dans l’étude de phase III BREAKWATER Cohort 3 par rapport au contrôle (FOLFIRI avec ou sans bévacizumab). Le critère d’évaluation primaire était le taux de réponse (ORR).4
Après une durée de suivi de 10,5 mois, 69,9% des 73 patient·es du bras expérimental étaient toujours sous traitement par rapport à 33,8% des 74 patient·es du bras de contrôle. La durée médiane du traitement était de 9,9 par rapport à 7,4 mois. Les raisons de l’arrêt du traitement étaient la progression de la maladie chez 12,3% par rapport à 32,4% des personnes concernées et les effets secondaires chez 5,5% par rapport à 5,4%. 64,4% par rapport à 39,2% des personnes concernées ont répondu au traitement à l’étude (p=0,0011). Le délai médian jusqu’à la réponse était de 6,9 par rapport à 7,1 semaines, et la DOR médiane n’avait pas encore été atteinte dans les deux bras de l’étude. La DOR était ≥6 mois pour 27% par rapport à 10% des patient·es et ≥12 mois pour 4,3% par rapport à 0%.
La quasi-totalité des sous-groupes préspécifiés ont mieux répondu à l’encorafénib plus cétuximab et FOLFIRI, y compris les personnes atteintes de tumeurs primitives du côté gauche ou droit, âgées de <65 ans ou ≥65 ans, de sexe masculin et féminin. Les patient·es présentant des métastases hépatiques au début du traitement ont davantage bénéficié du médicament à l’étude (OR: 6,44; IC à 95%: 2,50–16,63), tandis que ceux·celles ne présentant aucune métastase hépatique ont répondu de manière comparable dans les deux bras de l’étude (OR: 1,02; IC à 95%: 0,36–2,89). L’OS médiane n’a pas encore été atteinte pour les deux médicaments à l’étude, mais une nette tendance à une OS prolongée s’est dégagée sous encorafénib plus cétuximab (HR: 0,49; IC à 95%: 0,24–1,03), malgré l’immaturité des données (Fig.2). Aucun nouveau signal de sécurité n’a été observé.
Fig. 2: Survie globale (OS) sous traitement par nivolumab plus ipilimumab par rapport à lenvatinib ou sorafénib (modifiée selon Kopetz S et al.)4
Les auteur·es ont conclu que la chimiothérapie FOLFIRI en association avec encorafénib plus cétuximab pourrait constituer un nouveau traitement de référence en première ligne chez les patient·es atteint·es de mCRC porteur·ses d’une mutation BRAFV600E.
La marche est un moyen efficace de lutter contre la fatigue
Les États-Unis comptent plus de 1,5 million de survivant·es du cancer colorectal, dont la situation doit être comprise et optimisée, selon une étude portant sur l’influence de l’activité physique sur la fatigue liée au cancer. Environ 40% des survivant·es rapportent une fatigue dans les années suivant le traitement. 1718 patient·es de l’étude ColoCare ont été interrogé·es sur leur activité physique au moment du diagnostic ainsi qu’après 6, 12 et 24 mois.5
Les patient·es étaient âgé·es en moyenne de 68,2 (±13,6) ans au moment du diagnostic, les personnes concernées ne présentant aucune métastase étant significativement plus âgées (69,4 (±13,4) ans) que celles atteintes d’un cancer métastatique (62,7±12,9 ans). L’indice de masse corporelle (IMC), qui était en moyenne de 28,1 (±6,2), était également significativement différent chez les patient·es ne présentant aucune métastase (28,4±6,4) et présentant des métastases (27,0±5,4) au moment du diagnostic. Il n’y avait aucune différence entre le statut de fumeur (au total 49% de jamais-fumeurs, 29% d’anciens fumeurs et 58% de fumeurs actifs) et le statut d’alcoolique (au total 13% de jamais-alcooliques, 29% d’anciens buveurs et 58% de buveurs actifs). En ce qui concerne l’activité physique au moment du diagnostic, il n’y avait pas de différence entre les personnes présentant ou non des métastases. Les personnes concernées présentant des métastases ont rapporté une fatigue plus importante que celles ne présentant aucune métastase (score moyen de fatigue: 40,7±28,2 et 32,5±26,9, respectivement).
Plus l’activité physique était intense chez les personnes concernées présentant des métastases, moins la fatigue était prononcée et meilleure était la qualité de vie à toutes les mesures. Les meilleurs résultats, et les plus cohérents, ont été obtenus avec la marche. Les activités physiques intenses étaient associées à une diminution de la fatigue à 6 et à 12 mois chez les patient·es ne présentant aucune métastase. La qualité de vie a été améliorée par toutes les formes d’activité à toutes les mesures. Chez les patient·es présentant des métastases, aucune relation n’a été observée entre l’activité physique et la fatigue ou entre l’activité physique et la qualité de vie. On ignore dans quelle mesure les résultats sont faussés par le fait que la fatigue influence les performances. Les patient·es actif·ves peuvent en effet rapporter des scores de fatigue plus faibles, car la fatigue ne les impacte pas autant. Les auteur·es conseillent néanmoins d’intégrer l’activité sportive à la prise en charge des survivant·es. La marche constitue une intervention sans danger et facilement modulable pour réduire la fatigue et améliorer la qualité de vie des patient·es atteint·es de CRC ne présentant aucune métastase.
Source:
ASCO Gastrointestinal Cancers Symposium, 8–10 janvier 2026, San Francisco, et en ligne
Littérature:
1 Galle PR et al.: IKF-035/ABC-HCC: a phase IIIb, randomized, multicenter, open-label trial of atezolizumab plus bevacizumab versus transarterial chemoembolization (TACE) in intermediate-stage hepatocellular carcinoma. ASCO GI 2026, Abstr. #478 2 Galle PR et al.: Nivolumab plus ipilimumab vs. lenvatinib or sorafenib as first-line treatment for unresectable hepatocellular carcinoma: 4-year follow-up of CheckMate 9DW. ASCO GI 2026, Abstr. #LBA479 3 Appleyard JW et al.: FOxTROT: predictive effects of ERBB2 (HER2) and ERBB3 (HER3) on neoadjuvant panitumumab benefit in RAS/BRAF wildtype locally advanced colon cancer (LACC). ASCO GI 2026, Abstr. #17 4 Kopetz S et al.: BREAKWATER: Primary analysis of firstline encorafenib + cetuximab + FOLFIRI in BRAF V600E-mutant metastatic colorectal cancer. ASCO GI 2026, Abstr. #13 5 Liu L et al.: Longitudinal study on the influence of physical activity in managing cancer-related fatigue in patients with colorectal cancer. ASCO GI 2026, Abstr. #16
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