Résilience: théorie et réalité
Auteur·es:
PD Dre méd. Marlene Troch1
Jürgen Melmuka2
1 Cheffe de l’Eisenzentrum ÖGK Wienerberg,Vienne
Hémato-oncologue, psycho-oncologue
2 Formateur en communication
Fondateur de la Zuhörakademie
Correspondance:
E-mail: office@troch-onkologie.at
Démarrer la journée avec énergie, poser des diagnostics, élaborer des plans de traitement, écouter les besoins des patient·es et y répondre, et maîtriser tout cela avec professionnalisme, même dans des situations particulièrement stressantes. Gérer efficacement des charges de travail élevées et finir la journée fortifié·e par tous les efforts physiques, émotionnels et cognitifs: une journée idéale. Pour nombre de médecins, cela reste cependant souvent un rêve inaccessible.
Les professionnels de la santé sont soumis à un stress relativement élevé et travaillent dans un environnement de tensions, où s’entrecroisent des intérêts multiples. La résilience se définit comme la capacité à gérer ce stress ainsi qu’à rester productif·ve et en bonne santé à long terme. Des études révèlent des chiffres alarmants, en particulier en hémato-oncologie: jusqu’à trois quarts des médecins risquent de faire un burnout ou de présenter des symptômes de dépression. Cet article met en lumière les facteurs qui influencent la résilience, les mesures efficaces aux niveaux systémique, organisationnel et individuel, et les raisons pour lesquelles la résilience est décisive pour toutes les personnes concernées.
Résilience: du niveau systémique au niveau individuel
Dans la recherche actuelle, la résilience du système de santé est définie comme un processus dynamique et une construction à plusieurs niveaux. Elle décrit la capacité d’un système complexe à rester fonctionnel et à fournir des prestations malgré des perturbations, des crises ou des ressources insuffisantes. Dans ce contexte, la résilience systémique doit être comprise comme une synergie qui agit à différents niveaux étroitement liés les uns aux autres.
Résilience systémique
Au niveau macro, la résilience systémique résulte des interactions entre les niveaux sous-jacents. Par exemple, la résilience individuelle des collaborateurs dépend fortement du soutien fourni par les structures et les processus au niveau systémique.
Résilience organisationnelle
Du niveau méso au niveau macro, la résilience organisationnelle décrit la capacité des institutions telles que les hôpitaux à anticiper les tendances et les menaces, à faire face aux événements et à en tirer des enseignements. Cela implique une gestion de crise structurée, des procédures flexibles et la capacité d’adapter les processus à court terme.
Résilience d’équipe ou communautaire
La résilience d’une équipe dépasse la somme des capacités de résistance individuelle de ses membres. Les facteurs décisifs sont la familiarité au sein de l’équipe, c’est-à-dire la connaissance des forces et des faiblesses des collègues, ainsi que le leadership transformationnel qui crée un sentiment de sécurité psychologique et donne l’impression d’être valorisé. Alors que la résilience individuelle soutient la santé mentale des collaborateurs, la résilience d’équipe est essentielle pour assurer la continuité de la prise en charge.
Résilience individuelle
La résilience individuelle est influencée par des caractéristiques cognitives et personnelles, des compétences émotionnelles, des facteurs sociaux ainsi que des ressources physiques. Les caractéristiques cognitives et personnelles comprennent l’efficacité personnelle, l’optimisme, l’analyse causale objective, l’orientation vers les objectifs et le sentiment de cohérence. Elles aident à surmonter les défis avec succès et à percevoir la vie comme compréhensible, gérable et pleine de sens.
Les compétences émotionnelles telles que la régulation des émotions, l’expérience d’émotions positives et l’acceptation favorisent la résistance psychologique, et élargissent les horizons en matière de réflexion et d’action. Les facteurs sociaux, à savoir le soutien de la famille, des ami·es ou des collègues, l’entretien de relations sociales ainsi que l’empathie et la capacité de communication, renforcent les compétences d’adaptation et le développement de relations stables.
Les ressources physiques constituent la base de la résilience: une alimentation saine, une activité physique et un repos suffisant contribuent de manière décisive à la résistance physique et psychologique. La résilience individuelle peut être considérée comme une «boîte à outils» interne: plus il y a d’«outils» et plus on les entretient, plus on peut réagir avec souplesse aux différents défis.
Qui bénéficie d’une meilleure résilience des médecins?
Une meilleure résilience ne protège pas seulement la santé des médecins, mais améliore aussi la qualité de la prise en charge des patient·es et assure la stabilité de l’ensemble du système de santé.
Les mesures visant à renforcer la résilience ont de nombreux effets positifs pour les médecins sur le plan personnel. Il est ainsi prouvé que les interventions ciblées sur la résilience et les formations en communication réduisent les symptômes de burnout, en particulier l’épuisement émotionnel et la dépersonnalisation. Les médecins résilient·es font également état d’une plus grande satisfaction au travail ainsi que d’un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie privée. Une bonne résilience psychologique est en outre associée à un risque plus faible de troubles mentaux tels que la dépression ou les troubles anxieux. Des études suggèrent aussi qu’une meilleure résilience est associée à une réduction du risque de maladies cardiovasculaires et à une baisse globale de la mortalité. Enfin, la résilience contribue à la stabilité professionnelle, car elle renforce la motivation à continuer dans cette profession à long terme, ce qui permet de lutter contre la pénurie croissante de main-d’œuvre qualifiée.
Pour les patient·es, la résilience des médecins se traduit par une nette amélioration de la qualité de la prise en charge. Une meilleure résilience, qui va souvent de pair avec une forte empathie, est statistiquement liée à de meilleurs résultats thérapeutiques cliniques. La sécurité des patient·es augmente également, car les médecins résilient·es restent concentré·es même sous une forte pression et commettent moins d’erreurs médicales. Une bonne communication médicale favorise en outre considérablement l’adhésion thérapeutique: les patient·es suivent nettement plus souvent les recommandations de traitement, la probabilité d’une mise en œuvre correcte étant environ 1,62 fois plus élevée en cas de bonne communication. Dans ce contexte, la confiance dans le médecin de premier recours et la satisfaction générale des patient·es vis-à-vis de la prise en charge médicale augmentent également.
Au niveau systémique et organisationnel, la résilience contribue significativement à la stabilité et au développement du système de santé. La résilience d’équipe, en particulier, garantit le maintien de la prise en charge médicale en situation de crise, par exemple pendant une pandémie, même si certains collaborateurs atteignent leurs limites.
Les établissements dont le personnel médical est résilient et satisfait bénéficient en outre d’une plus grande stabilité économique, car la rotation du personnel, les absences pour cause de maladie et l’utilisation inefficace des ressources sont réduites. En outre, les structures résilientes favorisent la capacité d’innovation des institutions en permettant un processus d’apprentissage continu, en tirant des enseignements des crises et en renforçant durablement le système pour relever les défis futurs.
La communication est un outil efficace
Si nous examinons conjointement l’adhésion thérapeutique et la résilience stable des médecins, un levier souvent négligé est mis en avant: la conduite de l’entretien. Ce ne sont pas de nouvelles mesures ou des tâches supplémentaires qui sont décisives, mais la qualité de l’interaction quotidienne avec les patient·es. C’est dans l’organisation de ces échanges que réside une approche efficace pour relever de nombreux défis dans la pratique médicale quotidienne.
Comment naviguer dans ce domaine complexe de la communication avec les patient·es afin d’obtenir les effets positifs de la satisfaction des patient·es, de l’adhésion thérapeutique ainsi que de l’amélioration simultanée de la résilience et du bien-être? Quelles sont les techniques de conduite de l’entretien à prendre en compte?
Vous trouverez ci-dessous des pistes efficaces pour le dialogue avec les patient·es afin de favoriser une meilleure résilience et adhésion thérapeutique.
Introduction: établir un lien personnel dès le début de l’entretien.
Cela peut sembler évident, mais posez vous les questions suivantes:
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Est-ce que je cherche consciemment à établir un contact visuel avec les patient·es et leurs proches?
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Est-ce que je m’adresse aux patient·es par leur nom et est-ce que je me présente calmement?
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Est-ce que j’ai l’air calme et attentif ou est-ce que je pense déjà à ma prochaine consultation?
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Est-ce que je laisse les patient·es finir leurs premières phrases et est-ce que j’écoute vraiment et sans jugement?
Tenez compte de ces points et transformez une introduction rapide, qui pourrait augmenter le stress potentiel des parties prenantes, en une mise en confiance dès le début. Tirez profit de l’effet de contagion émotionnelle: si vous commencez l’entretien avec calme et assurance, ce sentiment sera transmis à votre interlocuteur et aura à son tour un effet sur vous. Un cercle vertueux se met en place.
Anamnèse
Posez des questions ouvertes et exploratoires aux patient·es, et évitez les interprétations hâtives.
Plus les personnes ont la possibilité de parler d’elles et de leur situation, plus elles créent une relation de confiance avec leur interlocuteur, surtout si elles sont écoutées sans jugement. Lors de votre prochain entretien, observez si vous avez des difficultés ou de la facilité à suivre réellement ce qui est dit, sans avoir déjà des solutions hâtives en tête pendant l’écoute.
Validation des émotions
Pour créer une relation de confiance, il est très important pour les personnes de percevoir une validation de leurs émotions par leur interlocuteur.
Cela permet de faire passer la conversation d’une objectivité parfois trop froide à une atmosphère plus chaleureuse. Lorsque les personnes entendent quelques mots reconnaissant la gravité de leur situation, on peut observer de véritables signes de soulagement. Elles relâchent alors la tension qui les bloque et s’ouvrent pour fournir d’autres informations essentielles, qui n’auraient sinon peut-être pas été divulguées. Moins vous devez lutter contre une résistance, moins vous dépensez d’énergie: un ajout supplémentaire sur votre compte de résilience.
Communication
Afin de maintenir la relation à un niveau de partage et de confiance, la communication des diagnostics ou des plans de traitement est un élément supplémentaire de la conduite d’un entretien orienté vers le dialogue. Vous perdez-vous dans le jargon professionnel ou parlez-vous aux patient·es d’égal à égal, c’est-à-dire en vous adaptant à leur situation et à leurs connaissances?
Le langage médical crée de la distance, peut provoquer un sentiment d’insécurité et nuire à la relation déjà établie. Êtes-vous toujours conscient du pouvoir de vos mots? Un «ça m’inquiète un peu» verbalisé sans réfléchir peut décrire pour vous une bagatelle, mais, pour les patient·es, il peut s’agir sans aucun doute d’un appel à finaliser leur succession. Nos mots créent immédiatement des images dans l’esprit de nos interlocuteurs·rices. Ils peuvent mettre des obstacles sur le chemin parcouru ensemble ou le rendre plus facile à parcourir. L’habitude du contact avec la maladie peut conduire à des propos légers qui sont rapidement verbalisés sans réfléchir.
Avez-vous tendance à donner des instructions claires pour les plans de traitement, qui doivent être suivies sans dérogation? Si c’est le cas, vous risquez de perdre des patient·es en raison d’éventuelles réactions de réactance ou d’autres résistances. Recherchez la collaboration pour les étapes suivantes et élaborez un plan de traitement sous forme de dialogue, auquel les patient·es participent activement. Même dans le cas de plans de traitement obligatoires qui ne permettent pas de dérogation, il est avantageux d’impliquer les patient·es et de leur poser des questions hypothétiques afin de déterminer dans quelle mesure ils·elles se sentent concerné·es sur le plan émotionnel et cognitif par les prochaines étapes. «Celui qui a un pourquoi peut supporter n’importe quel comment», cette citation de Viktor Frankl offre également une ligne directrice essentielle dans la communication des diagnostics et des plans de traitement. Le «comment» se construit par la participation et le dialogue. Ces techniques servent à alléger le fardeau de l’entretien avec le·la patient·e, car elles reposent sur les facteurs de partage, d’acceptation et de lien. La communication devient cohérente et authentique, et ces facteurs sont essentiels pour améliorer et renforcer sa propre résilience.
Conclusion
La résilience est bien plus qu’une résistance individuelle: il s’agit d’un concept dynamique à plusieurs niveaux qui agit au niveau systémique, organisationnel, de l’équipe et individuel. C’est précisément dans la pratique médicale quotidienne exigeante, comme dans l’hémato-oncologie, qu’elle est décisive pour protéger la santé des médecins, garantir la qualité de la prise en charge des patient·es et assurer la stabilité du système de santé.
Alors que les ressources physiques, émotionnelles, sociales et cognitives renforcent la résilience individuelle, la dynamique d’équipe, le leadership et les structures organisationnelles jouent un rôle tout aussi central. Un outil particulièrement efficace qui relie tous les niveaux est la communication ciblée et empathique avec les patient·es. Le dialogue respectueux, l’implication active dans les décisions thérapeutiques et la validation consciente des émotions ne permettent pas seulement d’améliorer la satisfaction des patient·es, mais aussi de renforcer sa propre résistance.
En fin de compte, il apparaît que la résilience est un processus global qui améliore à la fois la santé personnelle, la satisfaction au travail et la qualité de la prise en charge médicale.
Littérature:
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